Les soldats morts ne devraient pas se battre !


Il y a plus de soixante dix conflits actifs aujourd’hui dans le monde, du Mexique jusqu’à l’Indonésie. Les récentes statistiques de l’ONU et du Programme de données sur les conflits d’Uppsala montrent que ce chiffre pourrait bien être en augmentation.

La bonne nouvelle est que les conflits armés semblent évoluer, et que dans une partie croissante du monde, les civils n’en sont plus les cibles principales.

La mauvaise, réside en ce que les conflits entre Etats commencent à transformer les leaders en outsiders, et que certains Etats suivent désormais le chemin des militants, des séparatistes et des groupes terroristes. Ces groupes sont bien moins engagés à mener une conduite de guerre correcte.

Les changements que je viens de mentionner constitueraient une pente savonneuse, et Mubariz Ibrahimov, un jeune et hélas défunt soldat azerbaïdjanais, aurait pu en témoigner.

L’Azerbaïdjan et l’Arménie sont impliqués dans un conflit sans fin à propos du contrôle du Haut-Karabagh, une région du sud-ouest de l’Azerbaïdjan aujourd’hui fortement peuplée d’Arméniens.

Le conflit débuta à la fin des années 80, au moment où l’Union Soviétique commençait à montrer des signes de désintégration. Comme de nombreux conflits, celui-ci concerne également un problème de territoire, d’identité et de fierté nationale ; de “bonnes” raisons ayant entretenu les flammes de la discorde dans le Haut-Karabagh, malgré les nombreuses tentatives de mettre un terme définitif au différend.

Deux décennies de batailles ont coûté la vie à des milliers de personnes et ont occasionné plus d’un million de réfugiés. A l’origine, ce sont les soviétiques, lors de l’une de leurs dernières aventures militaires, qui avaient envahi l’Azerbaïdjan et ouvert le feu sur les civils. Mais lorsque les Russes se retirèrent, les autochtones n’abandonnèrent pas l’esprit combatif qu’ils conservent jusqu’à nos jours.

La guerre totale a éclaté au cours des années 90, et la communauté internationale fut appelée à l’aide, comme à l’accoutumée, afin de rétablir la paix dans la région disputée. Un fragile cessez-le-feu fut finalement instauré en 1994, mais le conflit se prolonge encore à présent, ponctué de violents incidents, et menace la poursuite des pourparlers. Depuis, les extrémistes des deux bords continuent à dicter leur loi aux dirigeants.

L’un de ces incidents sanglants s’est déroulé en juin dernier. Un accrochage s’est en effet produit le long de la frontière azerbaïdjano-arménienne, constituant la pire violation de cessez-le-feu en deux ans.

L’accrochage avait infligé aux forces arméniennes ses plus lourdes pertes humaines depuis les combats de Martakert en 2008. Mubariz Ibrahimov, un militaire azerbaïdjanais, participa à cet affrontement. Apparemment, il se battit bien, enlevant la vie à quatre soldats arméniens et en blessant cinq autres, avant qu’une balle arménienne ne scelle son sort.

Ibrahimov devint rapidement un héro dans son pays natal. Il fut récompensé, post-mortem, du titre de Héro National, et un film documentaire sur sa courte vie fut diffusé sur CNN à la mi-septembre. Une école ainsi qu’une rue furent baptisées à son nom.

Cependant, Ibrahimov est un héro absent. Son corps – toujours porté disparu – aurait été emmené par les Arméniens. Le porte-parole du ministère de la Défense d’Azerbaïdjan, Teymur Abdullayev, a déclaré à propos d’Ibrahimov : “l’Arménie proclame sans cesse que le corps du soldat n’est pas entre ses mains, et ils ne se sont pas gênés pour diriger les organisations internationales sur une fausse piste. Le 2 août, des photos du corps d’Ibrahimov Mubariz furent placées sur Internet par les Arméniens.”.

L’enlèvement et la négociation de cadavres est une pratique généralement répandue parmi les groupes terroristes d’Amérique du Sud. Ceux-ci sont habitués à kidnapper des civils pour de l’argent.

On retrouve ce modus operandi parmi les groupes terroristes tels le Hezbollah et le Hamas, qui sont parvenus à échanger des corps contre des prisonniers vivants retenus par Israël.

Un Etat souverain adoptant de telles tactiques menace, quant à lui, de faire escalader un conflit touchant sa région et de légitimer de prochains embrasements.

Quelques voix, en Arménie du moins, le comprennent. A l’instar du Catholicos Garegin II, le leader religieux le plus en vue d’Arménie et son patriarche, qui a appelé le président de son pays Serzh Sargsyan à rendre le corps d’Ibrahimov. La demande de Garegin est cependant restée lettre morte.

Alors que l’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont mis d’accord, fin octobre, pour échanger des prisonniers de guerre, le corps d’Ibrahimov est toujours porté disparu.

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