Quelque chose à cacher

Un ambassadeur britannique à Téhéran a un jour tenté d’expliquer la logique du Moyen-Orient de la façon suivante : “Ce que je dis ne reflète pas forcément ce que je pense. Ce que je fais ne reflète pas forcément ce que je dis. C’est la raison pour laquelle pas tout ce que je fais ne contredit nécessairement tout ce que je pense”.

Cette logique tordue peut aider à expliquer la dernière série d’événements en Syrie, ainsi que le fossé apparent entre ce que le régime dit et ce qu’il fait. En dépit d’une rhétorique adoucie et de signes occasionnels de rapprochement avec l’Ouest, le président Béchar Al-Assad a encore beaucoup de choses à cacher et beaucoup de craintes à avoir.

D’un côté, la Syrie semble prendre son temps. En septembre 2007, le gouvernement avait mis plus d’une semaine pour admettre que “ses systèmes de défense aériens étaient intervenus contre des appareils israéliens”.

Cette annonce faisait suite à une floraison de rapports concernant une attaque israélienne qui aurait détruit un site nucléaire suspect.

Les Syriens dénièrent naturellement ces rapports “occidentaux”, ce qui ne les empêcha pas cependant de refuser à l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique l’autorisation de se rendre sur place immédiatement après les faits. Ce, alors que l’on a pris connaissance, depuis, du rapport de l’AIEA confirmant la présence d’uranium sur le site.

Cela avait également pris une semaine entière à la Syrie pour admettre l’assassinat du général Mohammed Suleiman, l’un des principaux conseillers d’Assad et un acteur essentiel dans l’arène libanaise.

Le régime est aussi resté sans voix à propos de l’enlèvement du leader kurde Meshal Tammo. Lorsqu’elle s’y décidera et pendant qu’elle y sera, la Syrie pourra commenter officiellement l’assassinat mystérieux d’Hisham El Badni, le lieutenant principal du chef du Hamas, Khaled Mashal. El Badni a été extrait de son véhicule et abattu dans la ville de Homs, dans la première partie du mois de septembre dernier.

Par contraste avec ces trainements de pieds, la Syrie s’est montrée bien trop pressée à réprimer la dissidence. Douze nouveaux noms ont récemment été ajoutés à la liste déjà longue des prisonniers politiques dans ce pays.

Les journalistes Jabr al-Shoufian et Fayez Sarah, le membre du parti démocratique, Muhamed Haji Darwish, ainsi que l’ancien député indépendant du parlement, Riad Seif, comptent parmi les condamnés à deux ans et demi de prison pour “diffusion de fausse information et appartenance à une organisation secrète encourageant des conflits sectaires”.

Ces condamnations font suite à une vague d’arrestations touchant des personnalités telle Ghazi Omar Qaddour, du Conseil Syrien pour la Liberté et du Comité des Droits de l’Homme, ainsi que de l’écrivain et figure connue de l’opposition, Habib Saleh.

Nombre de ceux qui sont visés par le régime sont identifiés à la Déclaration de Damas 2005, appelant “à un changement démocratique et radical en Syrie”.

Bien qu’occupé à effectuer ces arrestations, Assad n’en a pas moins envoyé des émissaires officieux à Washington afin d’aider à persuader les Américains que la Syrie était sérieuse à propos de la paix.

Un travail de lobby dans ce sens est attendu, mais s’agit-il d’un acte authentique vers la réconciliation ou cela fait-il partie d’un autre complot marqué du sceau l’infamie ?

Parler paix tandis qu’on bannit les libertés fondamentales est un vieux jeu moyen-oriental entraînant des conséquences archi-connues. Il est évident que l’on peine à croire que les nations puissent traiter leurs voisins avec respect, tandis qu’elles font montre d’un tel mépris à l’encontre de leurs propres citoyens.

La paix régionale sans la paix domestique serait éphémère à tout le mieux. On se rappelle les mots fameux de Vaclav Havel, à l’époque où il était dissident, “Faute de citoyens libres, jouissant du respect d’eux-mêmes, et autonomes, il ne saurait y avoir de nations libres et indépendantes. Sans paix interne, qui est la paix entre les citoyens et entre les citoyens et l’Etat, il ne peut y avoir de garantie pour une paix extérieure”. Le Moyen-Orient ne fait bien sûr pas exception à ce solide principe.

En 2006, Assad avait dit “la préoccupation n’est pas la peur mais le niveau de préparation requis pour la confrontation”. Assad peut être ou ne pas être prêt pour la confrontation, il reste inquiet. A cause de la neutralisation de son premier conseiller militaire, et jusqu’aux émeutes dans la prison de Sidnaya, qui auraient fait des tués par douzaines, la Syrie est aux prises avec des conflits domestiques. La récente répression contre les dissidents est un signe supplémentaire venant confirmer l’insécurité syrienne.

La Syrie qui demeure draconienne dans sa chasse à la contestation, et sans réserve dans son choix de l’autoritarisme. Le régime cherche l’implication et le respect de l’Occident, mais l’aide économique ainsi que le rapprochement politique doivent rester soumis à l’amélioration des droits de l’Homme.

Tout comme l’amendement Jackson-Vanik avait généré une pression critique sur l’Etat soviétique affaibli, il y a lieu d’être intraitable à l’encontre du régime répressif syrien. Les courageux dissidents du Moyen-Orient sont les plus précieux alliés du monde libre.

Rester debout, épaule contre épaule avec ces champions de la liberté, est à la fois un impératif moral et sécuritaire. Un impératif qui devrait être pris très au sérieux par le nouveau président américain élu.

Metula News

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